Le nouveau règlement divise les pilotes
grand prix d'australie 2026
Le débat est toujours ouvert. La première course de la nouvelle ère, dimanche en Australie, n'a pas vraiment permis de dégager une unanimité des pilotes autour de toutes les nouveautés. Les deux derniers champions du monde, Lando Norris (McLaren) et Max Verstappen (Red Bull), n'ont pas apprécié. Les candidats à la victoire, George Russell (Mercedes) en tête, beaucoup plus.
Il fallait s'y attendre : quelques dizaines de minutes, seulement, après la fin du premier Grand Prix de la saison, ce dimanche en Australie, la F1 a dégainé tous azimuts. Ici, elle diffusait la bataille George Russell - Charles Leclerc sous tous les angles. Là, elle vantait un nombre de dépassements ayant quasiment triplé (de 45 à 120) par rapport à la saison dernière. Bref, pour les promoteurs de la discipline, cette nouvelle ère est forcément une réussite.
Libre à chacun d'apprécier, ou non, ces attaques boostées au bouton, que Charles Leclerc a comparées à "un champignon sur Mario Kart" pendant la course. Libre à chacun, aussi, d'estimer que le roi des sports mécaniques puisse tolérer que ses monoplaces perdent près de 40 km/h en ligne droite pour récupérer de l'énergie. Mais force est de constater que cette nouvelle génération de bolides n'est absolument pas du goût de tous les pilotes.
À commencer par Max Verstappen, qui n'a pas attendu une course où il est pourtant passé de la 20e à la 6e place pour dire tout le mal de cette réglementation. "C'était génial, vraiment très amusant, c'était une excellente course", a-t-il lâché, avec beaucoup d'ironie et de sarcasme, au micro de Sky Deutschland. Ce, avant d'enchaîner, sur un ton beaucoup plus grave : "Il faudrait changer beaucoup de choses. Le moteur, la batterie... mais ce n'est évidemment pas possible maintenant."
Mauvais perdant, Norris ?
Alors qu'il avait gentiment suggéré au Néerlandais d'aller voir ailleurs si la F1 ne lui plaisait plus, Lando Norris a finalement rallié la cause de son dauphin l'année dernière. Samedi, après la qualification, il avait déploré le passage des "meilleures F1 de l'histoire [en 2025], aux pires [cette saison]". Dimanche, après la course, il s'est présenté face aux caméras le visage fermé. Et lorsqu'il a été interrogé par nos confrères de Canal+, il a fait mine de se tourner vers l'attachée de presse de McLaren : "Qu'est-ce que je dois dire déjà ? Ah oui, c'était génial ! Beaucoup de plaisir ! J'ai hâte d'être à la prochaine !"
Est-ce parce que le champion du monde en titre a bouclé la course à une anonyme cinquième place, sans jamais avoir candidaté pour le podium, qu'il a ainsi complètement revu son opinion, qualifiant même cette Formule 1 new-look de "très artificielle" ?
"Je ne sais pas, a répondu George Russell en conférence de presse. S’il gagnait, je ne pense pas qu’il dirait la même chose. Vous savez, nous n’étions pas satisfaits de la rigidité et du marsouinage des voitures l’année dernière. Tout le monde avait mal au dos et les pilotes s’en plaignaient. Mais les pilotes McLaren disaient qu'ils n'en avaient pas [du marsouinage, NDLR] alors que ce que nous observions de leurs voitures laissaient penser le contraire. Personne ne voit plus loin que le bout de son nez, nous sommes tous égoïstes à ce sujet."
Le Britannique, par ailleurs président de l'association des pilotes et forcément ravi de la tournure des événements, dont Mercedes semble avoir parfaitement profité, a plutôt apprécié. "Il y a plus d'opportunités et vous devez être plus stratégique", a-t-il résumé.
Trop tôt pour juger ?
Avec ce règlement, c'est l'ADN du pilotage qui a été profondément modifié. "Ça change définitivement notre façon de courir et de dépasser, a développé Charles Leclerc, qui a bataillé tout le début de course avec le Britannique. Avant, il s’agissait plutôt de savoir qui serait le plus courageux pour freiner le plus tard. Peut-être que maintenant, il y a un peu plus d'esprit stratégique derrière chaque tentative que vous faites parce que chaque activation du bouton boost, vous savez que vous allez payer le prix fort après cela [en raison de la perte d'énergie, NDLR]. Vous essayez donc toujours de réfléchir à plusieurs étapes à l'avance pour essayer de finir devant."
Passablement agacé par l'avantage de performance construit par Mercedes samedi, Lewis Hamilton a lui retrouvé le sourire, dimanche. S'il a fini au pied du podium, à quelques dixièmes de son coéquipier, le septuple champion du monde a certifié avoir beaucoup apprécié la course. Rassuré par cette nouvelle donne... ou par le rendement de sa Ferrari ?
Il n'est pas impossible que le pessimisme ambiant regagne du terrain, la semaine prochaine, en Chine. "Vous avez vu la longueur de la ligne droite ?", a interrogé, inquiet, Max Verstappen lorsque des journalistes lui ont demandé si le circuit de Shanghai pouvait offrir un spectacle différent.
"Chacun est très prompt à critiquer les choses, a conclu Russell. Mais il faut essayer. [...] Aujourd’hui, les pilotes ne sont pas tout à fait satisfaits mais tout le monde dit que c'était une course incroyable. On ne peut pas tout avoir. Je pense que nous devrions simplement donner une chance et attendre quelques courses de plus." Alors patientons.
