Simon Yates et Geraint Thomas à la retraite avant Christopher Froome

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Avec les retraites de Geraint Thomas et celle de Simon Yates, annoncée ce mercredi à la surprise générale, en plus de celle probablement à venir de Christopher Froome, le cyclisme britannique a perdu en l'espace de quelques semaines ce qui a fait sa gloire sur les 10 ou 15 dernières années. Avec eux, c'est un âge d'or qui s'arrête, et sans eux, il y a aura plus de questions que de certitudes.
Pays venu plus tardivement que ses "voisins" d'Europe de l'Ouest pour chatouiller les hautes sphères du cyclisme, la Grande-Bretagne a incontestablement dominé la décennie 2010, au moins sur les grands tours. Et si depuis la Slovénie a largement pris le relais, les Britanniques mènent toujours la  danse (12 victoires à 10). Après Geraint Thomas retiré des pelotons depuis la fin de saison, Simon Yates a annoncé sa retraite ce mercredi et Chris Froome pourrait (devrait ?) suivre très bientôt. Fait rarissime, c'est tout un pan de l'histoire du cyclisme d'une nation qui s'en va en même temps.
Froome, Thomas et Yates, ce sont 10 victoires en grands tours, largement grâce au premier cité qui en a collecté à lui seul 7, tout en triomphant du Tour de France, du Giro et de la Vuelta. Puisque personne ne croit que l'enfant de Nairobi retrouvera une équipe et que tout le monde attend qu'il
annonce l'inéluctable, ce sont donc plus de 80% des succès britanniques sur les grands tours qui auront quitté le cyclisme professionnel quand la saison 2026 reprendra. A l'échelle de la France, ce seraient les retraites conjointes de Bernard Hinault, Jacques Anquetil, Louison Bobet, Laurent Fignon et d'un bon paquet d'autres.

Yates, unique chez lui et ailleurs
Ne restera plus pour la couronne que Tao Geoghegan Hart qui doit bien se demander ce qu'il a pu lui arriver en ce mois d'octobre 2020 dans un Giro automnal, Covid oblige, alors qu'il est largement rentré dans le rang depuis. On savait depuis longtemps que les heures de Geraint Thomas dans le peloton étaient comptées, on voit depuis 2019 que Christopher Froome n'est plus que l'ombre de lui-même, mais l'annonce de Simon Yates a surpris.
D'abord parce qu'il sortait d'une année assez extraordinaire, et qu'à 33 ans, il avait encore une saison à son contrat chez Visma | Lease a Bike. Son cas est unique dans la galaxie du cyclisme d'abord puisque sept ans séparent son premier et  son deuxième succès sur les grands tours. C'est l'histoire d'une carrière en dents de scie, d'un garçon talentueux, pas toujours à la hauteur des attentes mais finalement récompensé d'une immense victoire (le Giro 2025). Ce jour- là, sur le Colle delle Finestre, a changé à jamais ce que le cyclisme retiendra de lui.

Unique, Simon Yates l'est aussi dans son pays puisqu'il est le seul à avoir triomphé d'une course de trois semaines avec autre chose que le maillot Sky (et suivantes) sur le dos. Le mariage ne s'est jamais fait, même quand en 2021, son frère Adam a décidé de rejoindre ce qui s'apparentait le plus à British Cycling, cette Fédération qui lui avait opposé un non, le forçant à s'aguerrir en France quand son frère, celui qui tourne le dos au cyclisme aujourd'hui, avait été accepté.

Et maintenant ?
Cet exploit, l'un des jumeaux, ne l'a pas fait une fois mais deux. Et depuis que Froome n'est plus Froome, il n'y a  personne au-dessus de lui. Le compteur de succès en grand tour affiche deux pour lui, un pour Thomas et un Geoghegan Hart depuis le Giro 2018, dernier baroud du boss. Au fond, Yates et Thomas ont permis au cyclisme britannique de continuer à exister quand la Slovénie emportait tout.
En cela, ils ont fait perdurer une habitude récente : celle d'être un pays de grands tours, Mark Cavendish mis à part. Entre Tom Simpson et nous, seul le "Man of Man" a triomphé d'un Monument. La Grande-Bretagne s'est véritablement fait une place au panthéon du cyclisme dans un XXIe siècle déjà un peu entamé. Mais ses succès furent tellement marqués du sceau de Sky, Simon Yates mis à part, que transformer cette avalanche de talents en générations talentueuses et pérennes apparaît aujourd'hui compliqué.
S'il a remporté un grand tour, Tao Geoghegan Hart est un excellent exemple. Biberonné chez Sky, il n'a pas confirmé et il en va de même pour Tom Pidcock qui, s'il ne manque certainement pas de talent, n'est pas le monstre attendu. Reste à Oscar Onley de devenir la meilleure version de lui- même chez INEOS Grenadiers (tiens, tiens...) et de voir si celle-ci pourrait suffire à imiter ses glorieux prédécesseurs, ceux qui sont partis, s'en vont ou vont quitter le vélo en laissant un grand vide derrière eux.
R. S