Carlos Alcaraz, du Grand Chelem en carrière au Grand Chelem tout court ?
après l'open d'australie
Carlos Alcaraz est devenu dimanche le neuvième joueur de l'histoire du tennis à compter les quatre tournois du Grand Chelem à son palmarès. Mais peut-il aller encore plus loin dans la légende en rejoignant Donald Budge et Rod Laver, les uniques auteurs du Grand Chelem, le vrai, dans une même année ? Le défi est colossal. Sans se dérober, l'Espagnol refuse de s'imposer une telle mission. Rien n'est trop grand pour lui. Aucun rêve. Aucune ambition.
Carlos Alcaraz a déjà accompli plus à son âge qu'aucun autre champion dans l'histoire du tennis avant lui. Le Grand Chelem en carrière en poche depuis sa victoire à l'Open d'Australie dimanche, il va faire face à la question ultime de son sport :
peut-il réussir le Grand Chelem, le vrai, celui sur une seule et même saison ? "Ça va être un énorme défi", a-t-il consenti après son triomphe austral. Personne, depuis Rod Laver en 1969, n'est parvenu à accomplir pareil chef-d'œuvre. Tous se sont cassés les dents dessus. Certains sont passés tout près, mais tous ont calé.
Même Novak Djokovic. En 2021, le Serbe était devenu le premier joueur depuis plus d'un demi-siècle à remporter les trois premières levées majeures de la saison. Il ne lui avait manqué qu'un seul match puisqu'il avait atteint la finale de l'US Open, avant d'être submergé par le poids de l'histoire et l'enjeu monumental. Pourtant, Djokovic a tout gagné, tout réussi, tout accompli. Mais même pour lui, la tâche s'était avérée insurmontable.
Gagner les quatre Majeurs cette année, ce sera un énorme challenge
On n'ira pas jusqu'à dire que Carlos Alcaraz a fait le plus dur en s'imposant à Melbourne, mais pour la toute première fois, il se met au moins en position (certes encore très lointaine et hypothétique) de pouvoir le réaliser. Pour ce qui est des trois autres tournois majeurs, il sera dans son élément. A moins de 23 ans, il a d'ores et déjà remporté deux fois Roland-Garros, deux fois Wimbledon et deux fois l'US Open. Il est double
tenant du titre à Paris, s'est imposé à deux reprises ces trois dernières années à Londres et il est le vainqueur sortant à New York.
Le Murcien peut gagner partout. Mais c'est évidemment une chose d'avoir dominé à tour de rôle chacune des levées majuscules, et une autre d'enquiller les quatre à la suite. "Gagner les quatre Majeurs cette année, ce sera un énorme challenge, insiste-t-il. Pour être honnête, je veux prendre tournoi après tournoi. Roland-Garros est le prochain, j'ai des souvenirs formidables là-bas." Il n'écarte rien, ne s'interdit pas davantage d'envisager quoi que ce soit, mais il ne veut surtout pas s'imposer un tel défi : "Je ne veux pas me mettre dans l'obligation de devoir et me mettre la moindre pression, mais cette quête-là va être super." "Tout est possible pour lui, aucun doute là-dessus, a estimé dimanche Novak Djokovic, sa dernière victime australienne, connaisseur du sujet pour avoir lui-même chassé le Grand
Chelem calendaire. S'il a réussi à remporter, à un si jeune âge, sept titres du Grand Chelem, il est promis à un sacré avenir.
Mais il y a Jannik Sinner, bien sûr. Tous deux, j'imagine, vont se disputer les plus grands titres."
Il n'y a pas que le Grand Chelem
Djokovic a raison. C'est un point que l'on ne peut occulter aussi aisément. Les quinze derniers jours ne doivent pas faire oublier que Carlos Alcaraz n'est pas seul. Oui, il a remporté trois des quatre derniers titres du Grand Chelem et il mène dans leurs confrontations directes, mais ces deux dernières années, l'Espagnol et son rival italien ont partagé équitablement les trophées, passer de 2-2 en 2024 et 2025 à 4-0 en 2026 ne relève pas de l'impossible, mais on ne peut en faire à ce stade l'hypothèse la plus probable. Alcaraz veut devenir le plus grand de tous. Il veut tout gagner.
Le Grand Chelem constitue le point central de ses ambitions, sans aucun doute, mais il lorgne d'autres choses, comme il l'a rappelé à Melbourne. Il veut tout. "Je déteste perdre, voilà ma motivation. J'essaie de perdre le moins possible", sourit "Carlitos". En Grand Chelem comme ailleurs. "Oui, il y a des tournois que je veux vraiment gagner au moins une fois, prolonge-t-il. Quelques Masters 1000, par exemple. Bien sûr, il y a les ATP Finals (le Masters, NDLR) et la Coupe Davis. La Coupe Davis, c'est un très grand objectif pour moi. Je veux gagner ça avec mon pays, pour mon pays. Je vais me fixer de nouveaux objectifs cette saison, et j'essaierai de les remplir." Il a 22 ans. Pas 38. Il n'en est pas encore au stade où il veut tout miser sur les tournois du Grand Chelem, comme Novak Djokovic a décidé de le faire depuis deux ou trois saisons.
Ce rythme viendra peut-être un jour, mais il n'en est pas là. Carlos Alcaraz ne sacrifiera donc pas tout à une quête d'absolu. Il prendra ce qu'il peut prendre, au fur et à mesure. Le Grand Chelem, le vrai, n'est qu'un horizon lointain à ce stade. Mais si jamais il triple la mise porte d'Auteuil en juin prochain, nul doute que le débat reviendra sur la table, avec une insistance accrue. Et cela lui fera plus envie que peur.
R. S
