Transferts - Oscar Onley, Remco Evenepoel, Juan Ayuso

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Le cyclisme se footballise et ce n'est pas une mauvaise chose Après Remco Evenepoel et Juan Ayuso, c'est au tour d'Oscar Onley de quitter sa formation PicNic-PostNL avant le terme de son contrat, racheté pour près de 7 millions d'euros par INEOS Grenadiers. Une somme astronomique, indispensable à la survie de l'équipe néerlandaise mais symbolique du virage entamé depuis quelques années par le cyclisme vers la footballisation.
C'est un nouveau coup de tonnerre sur le marché des transferts cycliste. Et celui-là, personne ne l'avait vu venir. Alors que les rumeurs sur les changements d'écurie de Remco Evenepoel et de Juan Ayuso allaient bon train depuis de longs mois, personne n'aurait imaginé jusqu'à récemment voir Oscar Onley quitter la Picnic-PostNL, dont il était la figure de proue.
Mais les finances de la formation néerlandaise n'ont pas résisté à l'offre astronomique (on parle de 7 millions d'euros !) d'INEOS Grenadiers et à l'attrait pour l’Écossais de rejoindre une formation britannique. Un transfert aux multiples implications, y compris pour le cyclisme.

Des inégalités déjà actées et marquées
Bien sûr, c'est une opportunité immense pour le 4e du dernier Tour de France de retrouver une équipe plus en adéquation avec ses ambitions, INEOS Grenadiers restant malgré tout parmi les formations les plus puissantes et les plus performantes du peloton. Bien sûr, c'est une chance
aussi pour l'équipe de Dave Brailsford, qui récupère avec le meilleur coureur britannique une formidable tête d'affiche et une arme supplémentaire pour opposer une "superteam" à la Visma-Lease a Bike et à UAE Team Emirates. Enfin, surtout, cela confirme un virage radical entrepris par le cyclisme depuis plusieurs années et qui promet de tout changer à l'avenir.

Fini les contrats respectés par les coureurs. Fini les petites équipes qui pouvaient aller chercher de bons jeunes. Fini la sensation d'avoir une vraie égalité des chances. L'augmentation marquée des budgets (12M de plus en moyenne par rapport à 2021) a créé un système à deux vitesses qui n'a jamais autant creusé l'écart entre les superpuissances qui jouent les premiers rôles avec des budgets indécents (60M pour UAE, 50M pour INEOS Grenadiers ou RedBull Bora-Hansgrohe) et une concurrence impuissante financièrement (environ 20M pour Jayco-AlUla et EF Education Easy-Post) et réduite à se battre pour exister sportivement. Et si l'idée d'un cap salarial a été rejetée… par les petites équipes justement, les inégalités actuelles ont fini par pousser le cyclisme à se tourner vers un autre changement plus majeur : le rachat des contrats.

La "footballisation", une dérive et un moyen de survie
Cet hiver, Remco Evenepoel et Juan Ayuso avaient montré la voie, mais c'était un deal entre puissants, RedBull-Bora Hansgrohe et la Lidl-Trek ayant racheté les deux hommes à la Soudal-Quick Step et UAE Team Emirates, soit 4 des 6 formations les plus riches du peloton. Pour Oscar Onley, c'est autre chose. La Picnic-PostNL était en grosse difficulté financière, au point de ne pouvoir "assurer" sa licence World Tour que pour une seule année, et ce rachat du contrat de l’Écossais pour près de 7M est une bonne assurance pour la pérennité de l'équipe. Finalement, la situation n'est pas si éloignée d'une équipe de football en difficulté financière, obligée de vendre ses meilleurs joueurs en juin pour boucler son budget de fin de saison.

C'est clairement ce qu'a fait Picnic-PostNL et il n'y aurait pu avoir de plus gros symbole de la footballisation du cyclisme. Est-ce une bonne chose pour l'avenir du sport ? Le football a montré les nombreuses dérives que ce système allait apporter inévitablement et les inégalités vont probablement s'agrandir, encore. Mais, paradoxalement, c'est peut-être, aussi, le seul moyen pour les équipes d'assurer leur survie.

Le système actuel des sponsors perd en fiabilité avec le temps, au gré de la forme financière des entreprises, martyrisées par les crises et l'inflation, et avec l'apparition des équipes-état, au budget illimité. Sans ce transfert, Picnic-PostNL n'aurait sans doute jamais pu continuer en World Tour l'an prochain, faute de financements. Là, leur place est quasi assurée.

Des transferts pour mieux grandir 
En arriver aux transferts monétisés était une évolution logique – bonne ou mauvaise – et presque attendue. Il va permettre aux équipes aux plus petits budgets de survivre et, même mieux, de se renouveler à terme. Voire même de grandir. Bien sûr, les grosses équipes sont toujours avantagées pour s'offrir les meilleurs coureurs, ce qui était déjà le cas avant et sera toujours le cas ensuite.

Mais, la différence, c'est qu'une petite équipe qui ferait grandir un cador, à l'image d'Oscar Onley avec la Picnic-PostNL pourra
désormais s'assurer le financement de son "travail" avec ses coureurs. Fini les années à faire grandir un coureur de son passage chez les professionnels à son statut de cador en puissance, pour ne pas en profiter, la faute à sa fin de contrat et à sa volonté de partir sous de nouveaux cieux pour ne pas brider ses ambitions.

Sportivement, la perte restera énorme, mais financièrement, les équipes s'y retrouveront désormais. Et aussi paradoxal que cela paraisse, il y a tout pour rééquilibrer les débats. Au moins en partie, car les superpuissances resteront au-dessus de la moyenne. Mais disons que le "bas du tableau" devrait se rapprocher du milieu, pour apporter plus de sérénité, de pérennité et de puissance financière aux petites équipes.
Surtout, cela offre aux équipes une certaine notion de "récompense" du travail accompli. Désormais, un bon processus de recrutement et d'accompagnement d'un coureur se monétisera de plus en plus, comme lorsqu'un joueur de football est vendu pour permettre à son club formateur de construire une équipe encore plus performante. Et c'est d'ailleurs ce que souligne la formation néerlandaise.

Et si c'était une bonne chose ?
"Notre équipe a pour priorité d'optimiser le potentiel de nos coureurs, et nous avons fait nos preuves en la matière, expliquait Rudi Kemna, directeur sportif de la Picnic-PostNL. Les performances d'Oscar cette année en témoignent. Nous aurions évidemment adoré le garder, mais connaissant les jeunes coureurs de notre équipe et ceux issus de notre programme de développement, nous sommes convaincus que la prochaine génération est sur le point de devenir une référence mondiale". Autrement dit, le sacrifice d'un coureur doit permettre l'éclosion de toute une équipe.

Pouvoir casser le contrat d'un coureur annule certes un peu la puissance et la certitude qu'un contrat apportait auparavant, mais le rachat de celui-ci favorise quand même les retombées d'un bon recrutement et d'un travail sur la durée. Ce nouveau système, très différent et clairement critiquable d'un point de vue historique du cyclisme, n'est pas incohérent avec l'évolution de ce sport et va définitivement dans le sens de sa survie. En espérant que les dérives observées dans le football ne suivent pas dans le cyclisme, même si l'espoir est ténu.
Malgré ça, voir le cyclisme grandir dans le sillage de cette nouvelle mode de transfert existe et promet même un avenir plus radieux. À condition, évidemment, de bien travailler.