Luis Enrique a-t-il eu raison de monter au créneau ?
« on n’arrête que les matchs du psg »
La victoire du PSG contre le PFC (2-1) ce dimanche au Parc des Princes a été éclipsée par plusieurs interruptions de match liées à des chants discriminatoires en tribunes. Frustré par ce qu’il perçoit comme un traitement asymétrique, Luis Enrique a vivement critiqué la Ligue, dénonçant que seuls les matches parisiens seraient arrêtés malgré la généralisation de ce type d’incidents dans tout le football français.
Le match PSG – Paris FC (2‑1) aurait dû se résumer à un derby parisien passionnant et plutôt maîtrisé sur le plan sportif, mais il a aussi été rythmé par une succession d’arrêts de jeu liés aux chants discriminatoires en tribunes. Au Parc des Princes, des interventions du speaker ont tenté de faire cesser des slogans offensants entendus à plusieurs reprises, avec des rappels explicites qu’un arrêt ou même un arrêt définitif de la rencontre pouvait survenir si ces chants persistaient. En ligne de mire ? La célèbre chanson «Dans la boue y’a des rats. Dans les égouts les rats. Ils sont partout les rats .
Ce sont les Marseillais», jugée discriminatoire et raciste par une grande majorité de la communauté du foot français. Cette gestion a visiblement irrité Luis Enrique, qui a dénoncé en espagnol après le coup de sifflet final ce qu’il perçoit comme une application sélective du règlement, uniquement lorsqu’il s’agit du PSG. Ceci alors que le club de la capitale, à l’inverse, fait régulièrement l’objet de rappels publics sur l’interdiction des chants discriminatoires dans ses propres communications officielles après des incidents récents.
« Nous allons dans d’innombrables stades, dans tous les stades, on nous dit tout, mais ils n’arrêtent le match que lorsque nous jouons au Parc des Princes. Nous allons à Lyon, c’est la même chose, nous allons à Nantes, nous allons à Marseille, nous allons dans tous les stades. Nous acceptons l’ambiance, personne n’arrête le match. Ils n’entendent des chants méchants qu’au Parc des Princes. Je suis fatigué de voir qu’ils n’arrêtent que nos matches. Je suis en colère parce qu’ils n’arrêtent que nos matchs.
Nous allons dans tous les stades en tant que visiteurs et dans tous les stades, il y a des chants contre nos joueurs, des chants contre notre club, des chants contre notre président, des chants contre tout. Ils n’arrêtent jamais le match. Ils ne l’arrêtent qu’à Paris. C’est ça, la critique. » Le cadre réglementaire de la LFP (Article 549 du Règlement des Compétitions) prévoit clairement que l’arbitre peut interrompre, suspendre temporairement ou même arrêter définitivement une rencontre lorsque des incidents graves, notamment des chants à caractère discriminatoire, perturbent le déroulement normal du match : « le match peut être interrompu à plusieurs reprises, voire définitivement, en cas d’incidents graves ; il ne peut reprendre que si ces incidents ont cessé ». En théorie, donc, la décision de Benoît Bastien d’arrêter momentanément le jeu pour tenter d’endiguer les chants suit bien les règles prévues par la Ligue de football professionnel. Cependant, comme l’analysent des spécialistes du football français, cette disposition est très rarement poussée jusqu’à l’arrêt définitif d’un match, en dépit de la fréquence des phénomènes homophobes, racistes ou sexistes dans les stades.
Le PSG pris pour cible ?
Dans les faits, plusieurs exemples récents montrent que l’application de ce cadre est loin d’être uniforme à travers le football français. Le 28 septembre 2025, lors de Nice–Paris FC, l’arbitre Abdelatif Kherradji a interrompu la rencontre à deux reprises à l’Allianz Riviera pour des chants homophobes entonnés par les supporters niçois, allant jusqu’à utiliser le speaker pour menacer d’un arrêt définitif si ces chants ne cessent pas. Plus tôt, le 19 octobre 2024, des chants homophobes ont été scandés pendant une dizaine de minutes au Parc des Princes lors du PSG–Strasbourg, entraînant la saisie de la Commission de Discipline de la LFP, la condamnation des chants jugés « inacceptables » par l’instance et une fermeture partielle de la tribune Auteuil pour un match ferme comme sanction disciplinaire.
On voit donc que l’intervention de l’arbitre ou du speaker ne se limite pas à Paris, même si c’est au Parc qu’elle est souvent médiatisée. Pour comprendre l’argument de Luis Enrique, il faut resituer cette pratique dans un contexte plus large, car les chants discriminatoires sont omniprésents dans le football, qu’ils soient homophobes, racistes ou dirigés contre des joueurs, des clubs ou des dirigeants. Par exemple, lors du PSG–OM du 16 mars 2025, des chants insultants, dont certains à connotation homophobe, et des banderoles visant directement Adrien Rabiot et sa famille ont résonné dans les gradins sans que le match n’ait été interrompu malgré plusieurs interventions du speaker pour ordonner l’arrêt de ces slogans. Dans d’autres stades de Ligue 1, des chants homophobes n’ont pas entraîné l’arrêt de la rencontre, suscitant des interrogations publiques, comme après Saint‑Étienne–Strasbourg fin 2024, où le gouvernement a même saisi la LFP pour expliquer pourquoi la rencontre n’avait pas été interrompue.
Ce contraste entre la lettre du règlement et sa mise en œuvre explique en partie la frustration de l’entraîneur espagnol. En théorie, la lutte contre les chants discriminatoires devrait être appliquée de manière systématique et uniforme, sans égard pour les clubs concernés. Pourtant, en pratique, aucun
match de Ligue 1 n’a à ce jour été définitivement arrêté uniquement pour des chants discriminatoires, malgré la persistance des problèmes et les appels successifs des gouvernements et ministres des Sports à appliquer strictement les protocoles allant de la suspension à l’arrêt puis à un match perdu pour l’équipe receveuse. Le PSG, du fait de son exposition, de son histoire récente et de sa symbolique forte dans le football français, se retrouve
souvent au cœur de ces débats médiatiques, ce qui alimente l’impression, et c’est qu’a exprimé Luis Enrique, d’un traitement particulier réservé à ses matches. Mais l’analyse des faits montre plutôt une application encore inégale du règlement lui‑même, dans un environnement où les chants discriminatoires restent trop nombreux, insuffisamment sanctionnés et rarement sanctionnés de manière sportive jusqu’à présent.
